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| Qu'est-ce que le Tiers État? | |
|---|---|
| Nom | Tiers État |
| Période | Ancien Régime |
| Pays | Royaume de France |
| Légende | Assemblée des États généraux |
Qu'est-ce que le Tiers État? Le Tiers État désigne, sous l'Ancien Régime français, l'ensemble des sujets du royaume qui ne sont ni nobility ni clergé; il incarne une composante sociale majeure liée aux enjeux fiscaux, représentatifs et politiques qui aboutissent à la Révolution française. Cette notion traverse les débats entourant les États généraux, les cahiers de doléances et les écrits des philosophes tels que Voltaire, Jean-Jacques Rousseau et Montesquieu.
Le terme trouve son origine dans la structure tripartite des États généraux médiévaux et modernes où se côtoient la Clergé, la Noblesse et le Tiers État, la désignation devenant centrale lors des convocations de 1789 par Louis XVI. Les racines conceptuelles renvoient aux états provinciaux et aux assemblées telles que les États provinciaux de Bretagne ou de Provence, et aux pratiques fiscales associées aux impôts comme la taille et la gabelle, pointant vers des institutions comme la Cour des comptes et la Parlement de Paris.
Le Tiers État recouvre une diversité sociale allant des paysans des campagnes aux bourgeois des villes, incluant les artisans, commerçants, petites gens de métiers et professions libérales représentées dans des corps comme les marchands et les guildes urbaines, ainsi que la paysannerie liée aux seigneuries de la famille des Rohan ou des domaines comme ceux de Versailles. Les grandes villes, telles que Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, concentrent une part notable de cette population, tandis que la démographie rurale est analysée dans des registres paroissiaux et par des auteurs comme Arthur Young ou François Quesnay qui décrivent la répartition des classes, la situation des journaliers et des métayers, et la pression seigneuriale exercée par des juridictions comme la sénéchaussée.
Sur le plan économique, le Tiers État assure la production agricole, le commerce et l'artisanat, appuyé par des institutions financières et commerciales telles que la Compagnie des Indes et les banques parisiennes où œuvrent des familles de négociants; il supporte l'essentiel de la charge fiscale via la taille, la dîme et la corvée, affectant des provinces comme le Berry ou la Normandie. Les réseaux marchands relient les ports de Le Havre, La Rochelle et Rouen aux marchés coloniaux, tandis que les manufactures et les corporations de métiers urbains, observées à Lyon ou à Toulouse, structurent la vie sociale et les solidarités corporatives qui influencent les revendications des élites bourgeoises face aux privilèges de la noblesse et aux exemptions du clergé.
Avant 1789, la représentation politique du Tiers État est limitée au sein des parlements régionaux comme le Parlement de Bordeaux ou le Parlement de Grenoble, et aux états provinciaux; cependant, la convocation des États généraux provoquée par Charles X—non, plutôt par Louis XVI—met en lumière la question de la représentation et du vote par ordre contre le vote par tête, opposant députés du Tiers État comme Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, Emmanuel-Joseph Sieyès et Abbé Sieyès aux intérêts des pairs issus de la noblesse et aux autorités ecclésiastiques représentées par des évêques et archevêques. Les cahiers de doléances rédigés dans les paroisses, cités dans des villes comme Nîmes et Rouen, expriment les revendications fiscales et judiciaires qui poussent le Tiers État à proclamer l’Assemblée nationale, en rupture avec les pratiques établies par les états généraux et les ordonnances royales.
Les idées des Lumières, diffusées par des auteurs comme Denis Diderot, Jean le Rond d'Alembert, Condorcet et Turgot, influencent fortement les aspirations du Tiers État en faveur de l'égalité devant la loi, la suppression des privilèges et la réforme fiscale, idées débattues dans des salons fréquentés par des personnalités telles que Madame Roland, Olympe de Gouges et des sociétés littéraires et politiques parisiennes. Les écrits institutionnels et politiques — notamment le pamphlet Qu'est-ce que le Tiers-État? d'Emmanuel-Joseph Sieyès et les discours de représentants comme Mirabeau — articulent des revendications pour une nouvelle constitution, mettant en tension les partisans d'une monarchie tempérée et les républicains, tout en dialoguant avec les réformes proposées par des ministres comme Jacques Necker et Charles Alexandre de Calonne.
Le Tiers État devient un symbole politique de la nation, incarné lors des événements de 1789 tels que la prise de la Bastille et la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et ensuite revendiqué par des acteurs révolutionnaires comme Maximilien de Robespierre, Georges Danton et Camille Desmoulins. Son héritage inspire les constitutions révolutionnaires, les institutions post-révolutionnaires telles que les assemblées nationales, et les mouvements sociaux européens du XIXe siècle, mobilisant des figures comme Karl Marx et Alexis de Tocqueville dans leurs analyses des classes sociales, tandis que les questions de citoyenneté et de représentation trouvent un écho dans les chartes et les codes étatiques, incluant le Code civil.